Placement éthique : Et si votre épargne finançait des logements sociaux ?

12/07/2018

Vous cherchez un investissement rentable et responsable ? Un nouveau système immobilier fait fructifier votre capital en finançant des logements sociaux. Premier exemple dans le XIIe arrondissement de Paris.

Rue de Toul, dans le XIIe arrondissement de Paris, à dix minutes du Bois de Vincennes, vient d’être lancée la construction de 53 logements sociaux. Assez rare pour être signalée dans un quartier aussi prisé. Si la première pierre de cette résidence baptisée le "Carré Daumesnil" a pu être posée, c’est grâce à un système immobilier innovant et solidaire.

Le projet a été financé par l’épargne d’investisseurs particuliers."Notre système montre qu’il est possible de concilier éthique et rentabilité", s’enthousiasme Anne Mollet, directrice générale déléguée de la société Perl, promoteur qui coordonne des projets "d’utilité sociale" dans toute la France.

L’usufruit locatif, voilà le nom de ce nouveau système immobilier. En clair, la société vend des biens dont l’acquéreur devient propriétaire mais en renonçant à son usage pendant vingt ans.

Séduisant pour ceux qui disposent d’un compte en banque bien fourni : les biens sont vendus 40 % moins cher que sur le marché (ce qui correspond aux loyers non perçus). Et finis les problèmes de gestion locative : charges, taxe foncière, travaux d’entretien et collecte des loyers sont assumés par le bailleur.

DÉVELOPPER LA MIXITÉ SOCIALE
Dans le même temps, l’investisseur peut avoir la satisfaction d’élargir l’offre de logements sociaux et d’œuvrer à la mixité sociale là où le prix des loyers s’envole.

Sur les 53 logements du Carré Daumesnil, vingt appartements sont réservés à des personnes aux revenus inférieurs à 2 168 euros par mois, vingt-sept à ceux qui gagnent moins de 1 668 euros par mois, et six autres à des personnes en grande précarité, vivant avec moins de 917 euros mensuels.

Ces six logements seront gérés par des relais de la Fondation Abbé Pierre, partenaire de ce projet, avec en sus un accompagnement social et sanitaire des locataires.
"Ce programme montre que l’on peut construire des solutions pour des familles en situation d’exclusion, leur permettre de se recomposer dans un logement digne", se félicite dans un communiqué Frédérique Kaba, directrice des missions sociales à la Fondation Abbé Pierre.

INVESTISSEMENT CITOYEN
La mairie de Paris a aussi salué ce projet, et pour cause : en Ile-de-France, 900 000 ménages attendent un logement social et 40 % des foyers locataires franciliens consacrent jusqu’à 50 % de leurs revenus disponibles à l’habitat.

Les investisseurs qui ont opté pour ce système sont aussi censés récupérer leur appartement "en bon état" au bout de vingt ans, stipule leur contrat. Et peuvent miser sur une belle plus-value puisque l’usufruit locatif est développé dans des quartiers prisés. C’est ce qui s’est passé à Boulogne et à Issy-les-Moulineaux, où Perl a déjà expérimenté ce système, mais sans logement social. Les locataires, eux, sont relogés à l’issu des vingt ans.

Autre particularité du Carré Daumesnil : la résidence livrée fin 2019 intègrera une "chaudière numérique" et écologique de la société Stimergy, réutilisant la chaleur de serveurs informatiques pour chauffer l’eau de l’immeuble et diviser par deux ses charges sanitaires.

Enfin, le plan de l’immeuble a été co-conçu avec les riverains et la mairie du XIIe arrondissement. Une démarche collaborative qui a permis de mettre fin à dix ans de blocage de tous les projets de construction sur ce terrain.

Grâce à l’investissement citoyen, cette fois, aucun recours n’a été déposé par les voisins.

11 Juillet 2018
Alice Pouyat
We demain